Par Sergey Brin, Co-fondateur & Président, Technologie
Chaque année, nos fondateurs écrivent à tour de rôle une lettre que nous incluons ensuite à notre rapport annuel. Nous avions publié la lettre de 2008 sur notre site de Relation avec les Investisseurs. Aujourd’hui, une réunion entre tous les actionnaires se déroule à notre siège de Mountain View, et nous souhaitons rendre la lettre plus largement disponible.
Introduction
Depuis 2004, lorsque Google a commencé à publier des rapports annuels, Larry et moi-même avons commencé à écrire à tour de rôle une lettre annuelle. Je n’avais jamais imaginé en écrire une au beau milieu d’une crise économique comme nous n’en avions plus vu depuis des décennies. Alors que j’écris cette lettre, les requêtes de recherche reflètent ces temps difficiles, les principales places boursières ont vu leur indice divisé par deux en moins de 18 mois, et le chômage a atteint des records.
Néanmoins, je suis plutôt optimiste pour le futur, car je pense qu’à toute période sombre succède la clarté : les pensées se recentrent, nous obligeant tous à faire preuve de créativité pour relever le défi. Par exemple, la crise de la bulle Internet entre 2000 et 2002, bien que beaucoup moins importante que ce que nous connaissons aujourd’hui, a poussé Google et d’autres à prendre certaines décisions difficiles — et nous en sommes tous ressorti plus forts.
Cette nouvelle crise ponctue la fin de notre première décennie en tant qu’entreprise, une décennie qui a apporté d’énormes changements au sein de Google, du web, et d’Internet en général. Quand je repense à cette courte période, à ce que nous avons accompli, et à ce qui se profile à l’horizon, je suis impatient de découvrir ce que nous offrira la prochaine décennie.
Permettez-moi tout d’abord de revenir un peu plus loin en arrière — en 1990, la toute première page web a été créé à l’adresse http://info.cern.ch. Fin 1992, il n’y avait que 26 sites web dans le monde, et le besoin d’un moteur de recherche n’était pas encore présent. Lorsque le navigateur NCSA Mosaic (le premier navigateur populaire) est sorti en 1993, chaque nouveau site web était publié sur la page « Nouveautés » au rythme d’un chaque jour: http://www.dejavu.org/prep_whatsnew.htm. A peine cinq ans après, en 1998, les pages web se comptaient en dizaines de millions, et la recherche devenait cruciale. A cette époque, Google était un petit projet de recherche à Stanford, qui devint une minuscule start-up quelques mois plus tard. L’index de recherche était basé sur des disques durs imbriqués comme des Lego, et était utilisé par quelques milliers de personnes, principalement des universitaires.
Aujourd’hui, les changements depuis cette époque sont frappant. Internet a subi une croissance d’un facteur 10 000, tout comme notre index de recherche. Le nombre de personnes utilisant les services Google chaque jour se compte maintenant en centaines de millions. Plus important, des milliards de personnes ont accès à Internet par le biais d’ordinateurs ou de téléphones portables. Comme beaucoup d’autres entreprises Internet, la majorité de nos services sont disponibles dans le monde entier et gratuitement car financés par la publicité. Un enfant dans un pays en développement peut ainsi accéder aux mêmes outils en ligne que la plus riche personne dans le monde. Je suis fier du petit rôle qu’a joué Google dans la démocratisation de l’information, mais il reste tant à faire.
Recherche
La recherche reste le coeur de notre activité, comme aux premiers jours. Parallèlement à la croissance d’Internet, la présentation et la qualité de nos résultats de recherche ont subit beaucoup de changements depuis 1998. Au cours de l’année passée seulement, nous avons apporté 359 modifications à notre moteur de recherche — presque une par jour. Certaines ne sont pas faciles à repérer, comme celles apportées au classement des résultats, mais sont importantes pour rendre notre moteur toujours plus pertinent. D’autres sont évidentes, et améliorent clairement l’efficacité du service, comme la correction orthographique, les annotations, et les suggestions.
Bien que très fier de ce qui a été accompli au cours de la décennie écoulée, il reste quelques domaines dans lesquels j’aurais aimé que nous fassions plus de progrès. La recherche parfaite nécessite une intelligence artificielle d’un niveau humain, qui nous l’admettons tous reste assez éloignée de la réalité. Cependant, je pense qu’il sera bientôt possible d’avoir un moteur de recherche capable de « comprendre » davantage de requêtes et de documents. D’autres revendiquent avoir atteint cette technologie, et les systèmes de Google sont plus intelligents qu’il n’y paraît vu de l’extérieur, mais les progrès en la matière restent timides. Une des raisons est la croissance dramatique du web — pour n’importe quelle requête, il existe énormément de documents sur le sujet utilisant le même vocabulaire. Je m’attend à ce que notre moteur de recherche devienne bien plus « intelligent » dans la décennie à venir.
Il en va de même pour les interfaces par lesquelles les internautes recherchent et reçoivent l’information. Beaucoup de choses ont changé, mais la structure élémentaire des résultats de recherche Google est très similaire à ce qu’elle était il y a dix ans, et ce en partie en cause des bénéfices de la simplicité. En fait, la page d’accueil de Google n’a cessée de se simplifier au fil des ans: http://blogoscoped.com/archive/2006-04-21-n63.html. Nous commençons toutefois à voir émerger de nouvelles interfaces de recherche. Aujourd’hui, vous pouvez effectuer des recherches vocales sur votre téléphone, et Google Reader peut vous suggérer des blogs intéressant sans que vous n’entriez aucune requête. Je crois fermement que durant la prochaine décennie, notre moteur de recherche, et ses résultats auront une toute autre apparence .
L’un des changement les plus frappant que l’on peut observer est que les résultats de recherche ne sont plus seulement des pages web. Ils incluent des images, des vidéos, des livres, des cartes, et bien davantage. Dès le début, nous avons compris qu’il nous faudrait nous aventurer au delà des pages web pour établir un moteur de recherche complet. En 2001, nous lancions Google Recherche d’images, et via Google Groups nous avons intégré l’intégralité des archives Usenet à notre recherche (800 millions de messages remontant à 1981).
En automne dernier, nous avons étendu Google Images pour y inclure les archives du magasine LIFE – une collection de 10 millions de photos, dont 95% inédites, avec des photos de la station Skylab et de Neil Amstrong posant le pied sur la Lune. Intégrer les images à la recherche reste un réel défis, car nous sommes encore beaucoup trop dépendant du texte entourant les images pour juger de leur pertinence. Dans le futur, grâce à une nouvelle technologie, nous espérons être en mesure de comprendre l’image en nous basant uniquement sur celle-ci.
YouTube
La vidéo est souvent considérée comme un média de divertissement, mais est aussi une importante source d’information de très haute qualité. Certaines requêtes entraînent naturellement des résultats sous forme vidéo, comme le sport et les voyages. Les vidéos sont aussi d’excellentes ressources pour des sujets comme le matériel informatique et logiciel (j’ai acheté mon dernier RAID après avoir vu un test vidéo), les expériences scientifiques, et l’éducation.
Google Vidéo a été lancé en 2005 en tant que moteur de recherche de contenu télévisuel, les vidéos publiées par les internautes avaient encore à prendre leur essor. Rapidement, le site a évolué pour permettre aux particuliers et entreprises de poster leurs propres vidéos. Aujourd’hui, Google Vidéo recherche parmi de nombreux sites d’hébergement vidéo, le plus important d’entre eux étant YouTube, que nous avons acquis en 2006.
Chaque minute, 15 heures de vidéo sont envoyées sur YouTube — l’équivalent de 86000 nouveaux films chaque semaine. Les chaînes YouTube sont maintenant utilisées par les leaders du monde (le président des Etats-Unis, ainsi que les premiers ministres du Japon, du Royaume-Uni, et d’Australie), les familles royales (la Reine d’Angleterre et la Reine Rania de Jordanie), les écclésiastiques (le Pape), et ceux en quête de moyen d’expression libre (lorsque la chaîne El Observador a été fermée par le gouvernement Vénézuélien, elle a commencé à diffuser ses programmes sur YouTube).
Au commencement, la vidéo en ligne était associée à de courtes séquences de mauvaise qualité. Aujourd’hui, une grosse partie de nos vidéos sont en HD et peuvent être visualisées sur ordinateur, télévisions, et téléphones portables avec une fidélité toujours meilleure (grâce aux progrès de la compression vidéo). Dans le futur, de vastes bibliothèques de vidéos qualité cinéma seront disponibles instantanément sur n’importe quel appareil.
Livres
Les livres sont l’une des sources d’information les plus importantes dans le monde, et nous espérions depuis le début pouvoir un jour les inclure dans notre moteur de recherche. Seulement deux ans après nos débuts, Larry expérimentait déjà la digitalisation de livres dans nos bureaux. En 2003, nous lancions Google Print, maintenant nommé Google Recherche de livres. Aujourd’hui, nous sommes en mesure de rechercher dans le texte de près de 10 millions de livres. Plus important, nous avons en octobre signé un accord avec une majorité d’auteurs et éditeurs, dont la Guilde des Auteurs et l’Association des Editeurs Américains. Si le tribunal approuve cet accord, des millions de livres sous copyright mais plus imprimés seront disponibles pour les lecteurs américains, qui pourront les chercher, les feuilleter, et les acheter en ligne — ce qui n’a jamais été encore possible jusqu’à présent. Beaucoup de ces livres sont très difficile, voire impossible, à trouver car ils ne sont plus vendus par les libraires. Ils représentent pourtant une vaste majorité de livres publiés dans notre histoire. L’accord prévoit aussi d’autres avantages importants, incluant l’amélioration de l’accès à ces documents pour les personnes handicapées, la création d’un référentiel à but non lucratif pour aider les autres entreprises à licencier ces livres, la création d’une association promouvant la recherche fondamentale, et un accès gratuit à l’ensemble des textes de ces livres dans les bibliothèques publiques des États-Unis par le biais de Kiosques.
Géo
Bien que digitaliser les livres du monde soit un projet ambitieux, digitaliser le monde l’est encore plus. Tout commença avec notre acquisition de Keyhole (la version basique de Google Earth) en octobre 2004. Notre ambition devint alors de fournir des informations de très haute qualité pour les besoins géographiques. En offrant à la fois Google Earth et Google Maps, nous comptons disposer d’un service regroupant toutes les informations géographiques incluant l’imagerie, la topographie, les routes, les bâtiments, et les annotations. Aujourd’hui, nous compilons des images prises depuis des satellites, des avions, et des particuliers, tout en collectant des données importantes, comme les routes, grâce à la coopération des gouvernements et des entreprises, et aussi grâce à nos utilisateurs. Après le lancement de Google Maps Maker au Pakistan, les utilisateurs ont pu cartographier 25 000 kilomètres de routes en l’espace de deux mois.
Publicité
Nous avons toujours cru pouvoir établir un système publicitaire qui pourrait ajouter de la valeur non seulement à notre chiffre d’affaire mais aussi à la qualité de nos résultats de recherche. Plutôt que d’afficher des publicités flashies, nous avons développé des publicités textuelles pertinentes et clairement identifiables en haut et à droite de nos résultats. Après un certain nombre d’expérimentations, le premier système en libre service aujourd’hui connu sous le nom de Google AdWords a été lancé en 2000, avec 350 annonceurs. Malgré les faibles revenus générés par ces annonces comparés aux bannières de l’époque, ce système est depuis devenu notre principal gagne-pain. Avec son implémentation sur EarthLink puis sur AOL, le système devint également une source importante de revenu pour d’autres entreprises.
Aujourd’hui, AdWords est bien plus qu’une fonctionnalité de Google. C’est un vaste écosystème qui génère beaucoup de trafic et profite à des centaines de milliers d’entreprises: AdWords a en effet aidé à démocratiser l’accès à la publicité, en créant une place de marché ouverte au sein de laquelle des petites entreprises et des starts-ups peuvent entrer en concurrence avec de puissantes multinationales. AdWords est aussi une importante source de revenu pour les sites web à l’origine du contenu que nous recherchons tous. L’année dernière, AdSense (notre programme destiné aux éditeurs) a généré plus de 5 milliards de dollars de revenus pour nos nombreux partenaires.
C’est aussi l’année dernière que nous nous sommes aventuré plus loin dans le monde de la publicité avec l’acquisition de DoubleClick. Cela pourrait sembler illogique étant donné notre préférence pour les publicités textuelles, mais nous pensons que les formats plus riches ont aussi leur place, par exemple sur YouTube et sur les sites de jeux en ligne. En fait, nous proposons aussi des publicités vidéos pour la télévision avec AdSense for TV. Notre objectif est de pourvoir aux besoins des annonceurs et des éditeurs en utilisant les formats et les média les plus appropriés à leurs objectifs et au public ciblé.
Malgré l’évolution de notre programme publicitaire et l’explosion du nombre de nos partenaires, je pense qu’il reste beaucoup à faire dans ce domaine. Bien que puissant, notre système est aussi complexe, et peut en laisser plus d’un perplexe. De plus, nos manières d’afficher les annonces ne sont pas optimales pour mettre en valeur un plus grand nombre de produits. Durant la prochaine décennie, j’espère que nous pourrons proposer des annonces publicitaires à nos utilisateurs lorsqu’ils en ont besoin, et quand ils en ont besoin.
Apps
Quelques années après notre création, mes collègues et moi-même commencions à être limités par nos clients email traditionnels. Nos boîtes aux lettres était trop importantes pour fonctionner rapidement tout en restant fiables. Il était très compliqué, voire impossible, de maintenir nos emails synchronisés lorsque nous changions d’ordinateurs ou de plate-formes. De plus, l’accès aux emails nécessitait un réseau privé virtuel, créant ainsi des possibles failles de sécurité. La recherche parmi tous nos emails était lente, difficile, et maladroite.
Fin 2001, nous commencions à utiliser un prototype de Gmail en interne. Comme plusieurs autres services existant à cette époque, il était basé sur le web. Mais contrairement à ces autres services, il était conçu pour une utilisation optimale avec une limite de stockage très importante. Au départ, nous nous concentrions sur un usage de Gmail en interne, mais il est vite devenu évident que nous détenions un produit de très grande valeur dont le monde pourrait profiter. Lorsque Gmail a été proposé au public, les autres services webmail offraient entre 2Mo et 4Mo de stockage, à peine le poids d’une pièce jointe de nos jours. Gmail offrait alors 1Go de stockage, ainsi que la recherche, et d’autres fonctionnalités inédites. Depuis, Gmail n’a cessé d’évoluer et de repousser les limites du webmail, avec par exemple une messagerie instantanée intégrée, la vidéo conférence, et l’accés hors-ligne (lancé en janvier dernier). Aujourd’hui, certains Googlers ont plus de 25 Go d’emails vieux de 10 ans qu’ils peuvent rechercher en quelques secondes. A l’heure où vous lirez ces lignes, vous devriez être en mesure de recevoir des emails en anglais, et de les lire en français.
Les bénéfices des services basés sur la toile, ou Cloud Computing, sont clairs. Aucune installation. Toutes les données sont stockées de façon sûre dans un centre de données (aucun soucis si votre disque dur vous lâche). Vous pouvez y accéder n’importe quand, et n’importe où via un navigateur et une connexion Internet (et même sans — voir plus bas).
Probablement plus important, de nouvelles formes de communication et de collaboration ont émergées. Je rédige cette lettre avec Google Docs. Plusieurs autres personnes m’aide à l’améliorer simultanément. Il y a quelques heures, je suis sorti et ai travaillé dessus depuis mon ordinateur portable. Sans avoir à me soucier de rien, les modifications que j’y avait apporté sont apparues en quelques secondes sur mon ordinateur de bureau. En fait, aujourd’hui, j’ai travaillé sur cette lettre en utilisant trois différents systèmes d’exploitation, et deux navigateurs web, le tout sans aucune difficulté.
En plus de Gmail et Google Docs, la suite Google Apps inclue les feuilles de calcul, les agendas, les sites, et bien plus. Elle est maintenant disponible pour les entreprises, les universités, et les autres organisations. En fait, plus d’un million d’organisations utilisent Google Apps à ce jour, dont Genentech, l’hôtel de ville de Washington D.C., l’université d’Arizona, et l’université de Gothenburg en Suède.
Parce que des dizaines de millions de clients utilisent déjà nos produits, il est facile pour ces organisations de les adopter. La formation requise est minimaliste, et les passionnés de Google dans ces organisations se font généralement un plaisir d’aider ceux ayant besoin d’un coup de main. Les applications Google sont beaucoup plus efficaces en entreprises que pour des particuliers, car Google Apps peut changer le mode et la vitesse de fonctionnement d’une entreprise. Par exemple, avec les formulaires Google Docs, nous avons innové en nous attaquant au problème de la collecte de donnée, facilitant grandement l’organisation de sondages au sein des entreprises — fonction que nous utilisons en interne pour avoir des retours lorsque nous testons nos produits.
Il y a beaucoup de points à améliorer sur ces services web. Par exemple, chaque service étant issue d’équipes et d’acquisitions différents, un manque d’uniformité peut se faire ressentir. Par exemple, les modes de partage sont différents, tout comme les capacités de discussion. Nous travaillons sur une migration de toutes nos applications vers une infrastructure commune, ce qui devrait bientôt être terminé.
Chrome
Nous avons trouvé énormément d’avantages aux services web, mais ceux-ci sont livrés avec leurs défis, principalement liés aux navigateurs, qui peuvent être lents, non fiables, et incapables de fonctionner hors-ligne. Plutôt que d’accepter ces inconvénients, nous avons décidé d’y remédier. Nous avons contribué au développement et aux revenus de plusieurs navigateurs existants comme Mozilla Firefox, leur permettant d’investir davantage dans leurs logiciels. Nous avons aussi développé des extensions comme Google Gears, permettant à un navigateur de fonctionner hors-ligne.
Au cours des deux dernières années, nous avons décidé d’apporter quelques modifications architecturales au fonctionnement des navigateurs. Par exemple, nous pensions que les onglets devraient être tous indépendants afin qu’un site web ne fonctionnant pas bien ne fasse pas planter le navigateur. Nous pensions aussi que, afin de continuer à développer nos services web, nous avions besoin de performances JavaScript bien plus importantes.
Pour résoudre ces problèmes, nous avons créé une nouveau navigateur, nommé Google Chrome. Nous y avons bien entendu inclus un moteur JavaScript très rapide (que nous appelons V8) et un modèle multi-processus. Il y a beaucoup d’autres fonctionnalités intéressantes, et je vous invite à l’essayer par vous-même. Chrome n’est pas encore disponible sur Mac et Linux, et certains parmi nous, moi inclus, ne pouvons pas encore l’utiliser de façon régulière. Si tout se passe bien, ce problème devrait être résolu dans le courant de l’année. Bien sûr, ce n’est qu’un début, et Chrome continuera à évoluer. De plus, les autres navigateurs web ont suivi l’impulsion donnée par Chrome, et ont amélioré les performances JavaScript, ce qui est profitable à tout le monde.
Android
Nous avons créé le premier moteur de recherche Google mobile en 2000, et avons depuis progressivement amélioré notre offre pour les téléphones portables. Aujourd’hui, le téléphone que j’ai dans ma poche est plus puissant que l’ordinateur que j’utilisais en 1998. Cette année, il est fort probable que les ventes de téléphones dotés d’une connexion internet se vendront mieux que les ordinateurs de bureau. En fait, votre ordinateur le plus personnel, celui que vous avez toujours avec vous, est le téléphone. Aujourd’hui, près d’un tiers des recherche sur Google Japon proviennent d’appareils mobiles.
Cependant, développer sur mobile a toujours été très compliqué. Il y a eu plusieurs plate-formes, chacune modifiées par les différents opérateurs. De plus, déployer des applications mobiles peut nécessiter des accords avec les opérateurs et les industriels. Malgré la démocratisation des App Stores d’Apple, Nokia, RIM, Microsoft et d’autres, ainsi que l’adoption de langage HTML 5 sur mobile, il est toujours compliqué de proposer un service compatible avec le plus grand nombre d’appareils et de réseaux.
Nous avons acquis la start-up Android en 2005 avec l’objectif ambitieux de créer une nouveau système d’exploitation pour téléphone portable qui permettrait une interopérabilité libre entre les différentes opérateurs et industriels. L’année dernière, après beaucoup de travail, nous avons présenté Android au monde. Etant Open Source, quiconque est autorisé à l’utiliser et à le modifier. Nous sommes impatients de voir comme cette plate-forme ouverte ouvrira la voie à l’innovation. De plus, Android permet la création d’application très simplement, qui peuvent ensuite être déployées sur n’importe quel appareil équipé d’Android. A ce jour, plus de 1000 applications ont été publiées sur l’Android Market, dont le Shop Savvy (qui lit les codes barre et compare les prix), Latitude, et Guitar Hero World Tour.
IA
La décennie écoulée a été le théâtre de changements incroyables sur la scène informatique, amplifiée par la croissance continue des centres de données de Google. Ils ont permis le traitement de vastes ensembles de données comme le web, les livres de monde entier, et les vidéos. Aujourd’hui, des problèmes qui relevaient autrefois du domaine de la science-fiction sont plus proches de la réalité.
Google Traduction prend en charge la traduction automatique entre 1640 combinaisons de langues. Cet exploit a été rendu possible grâce aux importants serveurs informatiques et aux vastes archives de textes: http://www.google.com/intl/en/help/faq_translation.html. Cette technologie nous permet également de traduire les résultats de recherche : la requête est traduite dans une autre langue, génère des résultats, qui sont à leurs tours traduits en sens inverse.
En 2001, un premier prototype de Google Recherche Vocale voyait le jour. Aujourd’hui, notre propre technologie de reconnaissance vocale est derrière GOOG411, la fonction de recherche vocale de Google Mobile, et Google Voice. L’année dernière, PicasaWeb, notre site d’hébergement de photos, lançait la reconnaissance faciale, une autre technologie de pointe mise à disposition des internautes.
Il y a à peine quelques mois, nous lancions Google Flu Trends, un service qui utilise notre historique de recherche (sans révéler d’informations personnellement identifiables) pour prévoir les épidémies de grippes avant le très officiel Centre de Contrôle des Maladies. Il est étonnant de voir comment des données habituellement utilisées pour améliorer les résultats de recherche peuvent servir d’autres buts et potentiellement sauver des vies. Je crois que ce type d’approches peut faire bien plus — en allant au-delà du suivi, en prenant part à la recherche des potentielles causes de maladies et à leurs remède. Ce n’est qu’un exemple illustrant comment de grosses quantité de données comme les requêtes de recherche, couplées à de puissants outils d’extraction de données peuvent améliorer le monde tout en respectant votre vie privée.
Conclusion
Avec un rythme d’innovation technologique aussi soutenu, il est impossible de prédire loin dans le futur. Cependant, je pense que la décennie écoulée peut nous en apprendre un peu sur ce à quoi nous pouvons nous attendre. Les ordinateurs seront 100 fois plus rapides et le stockage sera 100 fois moins cher. L’intelligence artificielle sera considérée comme une norme informatique, tout comme l’interprétation d’images, la reconnaissance vocale et la sémantique. De nouvelle possibilités technologiques que nous ne pouvons même pas imaginer verront le jour.
Bien que la moitié de la population mondiale soit connectée via des ordinateurs et des téléphones portables, Internet en touchera des milliards d’autres durant la décennie à venir. Je pense qu’en utilisant des outils simples mais puissants comme les services web, tout le monde sera plus productif. Ces outils permettent aux particuliers et aux organisations d’accomplir des tâches que seules les grosses entreprises étaient en mesure d’accomplir, comme la réalisation et la diffusion d’un film, la commercialisation d’un produit ou la couverture d’une guerre.
Lorsque j’étais gamin, rechercher sur un sujet nécessitait d’aller à la bibliothèque du coin avec l’espoir que l’un des nombreux livres contienne la réponse. Je ne pourrais plus imaginer cela aujourd’hui, à l’heure ou quiconque peut rechercher sur n’importe sujet en quelques secondes. Les nuages noirs de la crise économique mondiale sont un mauvais moment à passer pour chacun d’entre nous, mais lorsque nos enfants auront grandi, cette récession ne sera qu’un mauvais souvenir dans les livres d’histoire. Les technologies que nous imaginons maintenant définiront leur style de vie.
Par Sergey Brin, Co-fondateur & Président, Technologie
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